Elections législatives de 2010 en Grande-Bretagne

Les Conservateurs ont mis fin aujourd’hui à treize ans de règne travailliste. Les Conservateurs de David Cameron ont en effet remporté les élections et arrivent largement devant les travaillistes de Gordon Brown, mais n’ont pas la majorité au gouvernement. Ils devront donc trouver des partenaires pour gouverner et vont probablement chercher à conclure une alliance avec les Libéraux-démocrates de Nick Clegg. La part des Britanniques qui n’ont voté ni pour les travaillistes, ni pour les conservateurs, n’a jamais été aussi élevée depuis 1918 (35%).

Résultats détaillés des élections législatives britanniques de 2010:
  • Parti conservateur, 36.1% des voix (+3.7%), 307 sièges (+97).
  • Parti travailliste (social-démocrate), 29.0% des voix (-6.2%), 258 sièges (-91).
  • Parti libéral-démocrate (libéral), 23.0% des voix (+1.0%), 57 sièges (-5).
  • Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP, eurosceptique), 3.1% des voix (+0.9%), 0 siège (-).
  • Parti national britannique (BNP, extrême-droite), 1.9% des voix (+1.2%), 0 siège (-).
  • Parti national écossais (SNP, social-démocrate, indépendantiste), 1.7% des voix (+0.1%), 6 sièges (-).
  • Les Verts, 0.9% des voix (-0.2%), 1 siège (+1).
  • Sinn Féin (socialiste, nationaliste irlandais), 0.6% des voix (-0.1%), 5 sièges (-).
  • Parti démocratique unioniste – DUP (conservateur, Irlande du Nord), 0.6% des voix (-0.3%), 8 sièges (-1).
  • Plaid Cymru (social-démocrate, régionaliste gallois), 0.6% des voix (-0.1%), 3 sièges (+1).
  • Parti social-démocrate et travailliste (SDLP, nationaliste irlandais), 0.4% des voix (-0.1%), 3 sièges (-).
  • Parti unioniste d’Ulster (UUP, conservateur, Irlande du Nord), 0.3% des voix (-0.1%), 0 siège (-1).
  • Parti de l’Alliance de l’Irlande du Nord (libéral), 0.1% des voix (-), 1 siège (+1).
  • Respect (socialiste), 0.1% des voix (-0.1%), 0 siège (-1).
  • Indépendants, 1 siège (-1).

N.B.: les pourcentages de voix obtenus par les différents partis sont à prendre avec des pincettes. Seuls les conservateurs, les travaillistes et les libéraux-démocrates présentaient le nombre maximum de 631 candidats. L’UKIP et le BNP, avec respectivement 572 et 338 candidats, sont des partis politiques nationaux et ont donc un impact réel supérieur au pourcentage qu’ils ont réellement obtenu. Les Verts, actifs uniquement en Angleterre et au Pays de Galles, ont également présenté bien moins de candidatures (310) que les 573 circonscriptions que comptent ces deux régions.

Au niveau des partis régionalistes, le Parti national écossais, le Plaid Cymru, le SDLP, le Sinn Fein, l’UUP, Alliance et le DUP ont présenté des candidatures dans toutes les circonscriptions (ou presque) de leurs régions respectives. Leurs scores, tels qu’indiqués ci-dessus au niveau national ou ci-dessous au niveau régional, sont donc représentatifs.

Taux de participation: 65.1% des voix (+3.8%).

Analyse géographique

Le Royaume-Uni est divisé en quatre régions: l’Angleterre, le Pays de Galles, l’Écosse et l’Irlande du Nord. Ces régions ne forment pas des circonscriptions électorales, mais l’étude des résultats à ce niveau reste intéressant, et ce d’autant plus qu’ils sont pour le moins contrastés. Si les Conservateurs ont largement remporté les élections en Angleterre, ils sont en effet distancés par les travaillistes au Pays de Galles et sont quasiment inexistants en Écosse.

Légende de la carte (Wikipedia): bleu – Parti conservateur; rouge – Parti travailliste; jaune – Libéraux-démocrates; jaune clair – Parti national écossais; vert foncé – Sinn Fein; vert clair – Plaid Cymru au Pays de Galles et SDLP en Irlande du Nord; orange – DUP.

Résultats détaillés pour l’Angleterre:

Les conservateurs ont obtenu la majorité absolue des sièges en Angleterre et pourraient gouverner seuls si l’Écosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord ne faisaient pas partie du Royaume-Uni. Ironie du sort pour le parti le plus attaché à l’unité du Royaume-Uni. Les travaillistes ont réalisé un score médiocre, perdant plus de 7% par rapport aux élections législatives de 2005.

  • Parti conservateur, 39.6% des voix (+3.9%), 298 sièges (+92).
  • Parti travailliste, 28.1% des voix (-7.4%), 191 sièges (-87).
  • Libéraux-démocrates, 24.2% des voix (+1.3%), 43 sièges (-4).
  • Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, 3.5% des voix (+0.9%), 0 siège (-).
  • Parti national britannique (BNP), 2.1% des voix (+1.3%), 0 siège (-).
  • Parti vert d’Angleterre et du Pays de Galles, 1.0% des voix (-0.1%), 1 siège (+1).

Au niveau des régions anglaises, comme vous aurez l’occasion de le voir de manière plus détaillée ci-dessous, les travaillistes ont conservé leur première place dans le nord du pays, tandis que les conservateurs ont conservé le sud et pris la première place dans les Midlands.

Résultats détaillés pour l’Angleterre du Nord-Est:

La classe ouvrière du Yorkshire et des grandes villes de Leeds, Sheffield et Hull ont fait de l’Angleterre du Nord-Est un fief travailliste depuis longtemps. Cette année encore, les travaillistes y ont obtenu leur meilleur score, meilleur même qu’en Écosse. Contrairement à l’Écosse toutefois, ils y ont fortement reculé, perdant près de 10 points au profit de presque tous les autres partis. Les conservateurs passent en seconde position, dépassant cette fois-ci les libéraux-démocrates. Le BNP, formation d’extrême-droite, y progresse fortement, après y avoir déjà obtenu un siège au parlement européen en 2009.

  • Parti travailliste, 43.6% des voix (-9.3%), 25 sièges (-2).
  • Parti conservateur, 23.7% des voix (+4.2%), 2 sièges (+1).
  • Libéraux-démocrates, 23.6% des voix (+0.2%), 2 sièges (+2).
  • Parti national britannique (BNP), 4.4% des voix (+3.5%), 0 siège (-).
  • UKIP, 2.7% des voix (+1.6%), 0 siège (-).

Résultats détaillés pour l’Angleterre du Nord-Ouest:

L’Angleterre du Nord-Ouest comprend les régions de Cumbrie, du Lancashire et du Cheshire, ainsi que les grandes villes de Liverpool et de Manchester. Les conservateurs y ont la vie dure depuis quelques années, notamment dans ces deux dernières villes. Ils ont toutefois réalisé une impressionnante progression, du moins en nombre de sièges, aux dépends des travaillistes. Les travaillistes parviennent toutefois à conserver leur première place.

  • Parti travailliste, 39.5% des voix (-5.6%), 47 sièges (-13).
  • Parti conservateur, 31.7% des voix (+3.0%), 22 sièges (+12).
  • Libéraux-démocrates, 21.6% des voix (+0.2%), 6 sièges (+1).
  • UKIP, 3.2% des voix (+1.2%), 0 siège (-).
  • Parti national britannique (BNP), 2.1% des voix (+1.1%), 0 siège (-).

Résultats détaillés en Angleterre du Sud-Est:

L’Angleterre du Sud-Est est la régions conservatrice par excellence au Royaume-Uni. Les conservateurs y ont occupé la première place lors de toutes les élections législatives de l’Histoire du pays, sauf en 1906 (dépassés par les libéraux) et ont obtenu en tout cas les deux tiers des sièges dans tous les élections sauf en 1997 et en 2001. Les élections de cette année n’ont pas failli à la tradition et les conservateurs y ont presque recueilli la majorité absolue des voix, alors que les travaillistes y subissent de lourdes pertes.

  • Parti conservateur, 49.9% des voix (+4.9%), 75 sièges (+14).
  • Libéraux-Démocrates, 26.2% des voix (+0.8%), 4 sièges (-2).
  • Parti travailliste, 16.2% des voix (-8.1%), 4 sièges (-13).
  • UKIP, 4.1% des voix (+1.0%), 0 siège (-).
  • Les Verts, 1.4% des voix (+0.1%), 1 siège (+1).

Résultats détaillés en Angleterre du Sud-Ouest:

Les conservateurs ont remporté une importante victoire dans l’Angleterre du Sud-Ouest, tandis que les travaillistes y ont perdu les deux-tiers des circonscriptions qu’ils détenaient. Les libéraux-démocrates, traditionnellement forts dans la région, notamment aux Cornouailles et dans le Sommerset, gagnent des voix mais perdent des sièges. Les travaillistes ne pointent qu’en troisième position.

  • Parti conservateur, 42.8% des voix (+4.2%), 36 sièges (+11).
  • Libéraux-démocrates, 34.7% des voix (+2.2%), 15 sièges (-3).
  • Parti travailliste, 15.4% des voix (-7.4%), 4 sièges (-8).
  • UKIP, 4.5% des voix  (+0.7%), 0 siège (-).
  • Les Verts, 1.1% des voix (-0.2%), 0 siège (-).

Résultats détaillés à Londres:

Le Grand Londres compte pas moins de 73 sièges au sein du parlement britannique soit plus de 10% du total. La ville est traditionnellement divisée en un centre-ville plutôt acquis aux travaillistes et des banlieues plutôt acquises aux conservateurs. Les travaillistes ont conservé de peu leur première place dans la capitale britannique cette année, mais ont subi des pertes au profit des conservateurs.

  • Parti travailliste, 36.6% des voix (-2.3%), 38 sièges (-6).
  • Parti conservateur, 34.5% des voix (+2.6%), 28 sièges (+7).
  • Libéraux-démocrates, 22.1% des voix (+0.2%), 7 sièges (-).
  • UKIP, 1.7% des voix (+0.3%), 0 siège (-).
  • Les Verts, 1.6% des voix (-1.1%), 0 siège (-).
  • Parti national britannique (BNP), 1.5% des voix (+0.9%), 0 siège (-).
  • Respect, 0.5% des voix (-0.9%), 0 siège (-1).

Résultats détaillés dans les Midlands de l’Est:

Les Midlands de l’Est sont généralement coupés en deux, les villes du nord votant traditionnellement pour les travaillistes et les régions du sud pour les conservateurs. Un journaliste du Guardian a récemment écrit que c’est là que les élections se gagnent ou se perdent. Cette année, les conservateurs y ont réalisé un excellent score, enlevant de nombreux sièges à des travaillistes en chute libre.

  • Parti conservateur, 41.2% des voix (+4.1%), 31 sièges (+12).
  • Parti travailliste, 29.8% des voix (-9.2%), 15 sièges (-11).
  • Libéraux-démocrates, 20.8% des voix (+2.4%), 0 siège (-).
  • UKIP, 3.3% des voix (+0.6%), 0 siège (-).
  • Parti national britannique (BNP), 3.1% des voix (+2.6%), 0 siège (-).

Résultats détaillés dans les Midlands de l’Ouest:

Les Midlands de l’Ouest, centrées autour de Birmingham, la deuxième ville d’Angleterre, connaissent régulièrement d’importants changements dans la répartition des sièges. Cela n’a pas manqué cette année, les conservateurs ravissant la première place aux travaillistes et doublant leur représentation au parlement.

  • Parti conservateur, 39.5% des voix (+4.5%), 33 sièges (+15).
  • Parti travailliste, 30.6% des voix (-8.1%), 24 sièges (-14).
  • Libéraux-démocrates, 20.5% des voix (+1.9%), 2 sièges (-).
  • UKIP, 4.0% des voix (+0.8%), 0 siège (-).
  • Parti national britannique (BNP), 2.8% des voix (+1.0%), 0 siège (-).
  • Indépendants, 0.6% des voix, 0 siège (-1).

Résultats détaillés pour l’Écosse:

Stabilité en Écosse puisque aucun gain ou perte de siège n’y est recensée. Pour les conservateurs, la traversée du désert continue puisqu’ils ne détiennent toujours qu’un seul des 59 sièges écossais à la Chambre des communes. Les travaillistes se permettent même de progresser de 39.5% à 42% des voix, malgré un sévère recul au niveau national. Un effet Gordon Brown, Premier ministre britannique et originaire d’Écosse?

Les indépendantistes du SNP, au pouvoir en Écosse, réalisent un excellent résultat, même s’ils ne rééditent pas la première place obtenue tant aux élections régionales de 2007 et qu’aux élections européennes de 2009. Une partie de l’électorat du SNP se porte traditionnellement vers les travaillistes lors des élections législatives, probablement pour empêcher le retour des conservateurs à Westminster.

Les travaillistes ont leurs bastions dans la région très urbanisée allant d’Édimbourg à Glasgow, tandis que les libéraux-démocrates et les indépendantistes se partagent le nord de la région et les îles.

  • Parti travailliste, 42.0% des voix (+2.5%), 41 sièges (-).
  • Parti national écossais (SNP), 19.9% des voix (+2.3%), 6 sièges (-).
  • Libéraux-démocrates, 18.9% des voix (-3.8%), 11 sièges (-).
  • Parti conservateur, 16.7% des voix (+0.9%), 1 siège (-).

Résultats détaillés pour le Pays de Galles:

Les élections se soldent par une importante progression des conservateurs au Pays de Galles, confirmant les bons résultats obtenus par le parti lors des élections européennes de 2009. Les conservateurs ne renouvellent toutefois pas l’exploit de terminer à la première place dans une région où les travaillistes ont traditionnellement été sur le devant de la scène. Dans l’opposition sur la scène politique régionale face à un gouvernement réunissant travaillistes et régionalistes, les conservateurs gallois ont développé une politique centriste, plus adaptée à l’électorat gallois. Les travaillistes détiennent toutefois toujours la majorité des sièges gallois au parlement britannique.

  • Parti travailliste, 36.2% des voix (-6.5%), 26 sièges (-4).
  • Parti conservateur, 26.1% des voix (+4.7%), 8 sièges (+5).
  • Libéraux-démocrates, 20.1% des voix (+1.7%), 3 sièges (-1).
  • Plaid Cymru, 11.3% des voix (-1.3%), 3 sièges (+1).
  • Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), 2.4% des voix (+1.0%), 0 siège (-).
  • Parti national britannique (BNP), 1.6% des voix (+1.5%), 0 siège (-).

Résultats détaillés pour l’Irlande du Nord:

En Irlande du Nord, les unionistes (partisans du maintien de l’Irlande du Nord au Royaume-Uni) ne sont pour la première fois pas parvenu à obtenir une majorité des sièges. Ils sont à égalité avec les partis souhaitant un rattachement à la République d’Irlande. Les unionistes dominent dans les circonscriptions du nord et de l’est de l’Irlande du Nord, tandis que les nationalistes irlandais ont le dessus au sud et à l’ouest. Notons encore pour les nationalistes irlandes que les élus du Sinn Fein, contrairement à ceux du SDLP, ne se rendent pas à Westminster pour siéger, ce seront donc autant de sièges vides pendant la législature.

  • Sinn Fein, 25.5% des voix (+1.2%), 5 sièges (-).
  • Parti démocratique unioniste (DUP), 25.0% des voix (-8.7%), 8 sièges (-1).
  • Parti social-démocrate et travailliste, 16.5% des voix (-1.0%), 3 sièges (-).
  • Parti unioniste d’Ulster (UUP), 15.2% des voix (-2.6%), 0 siège (-1).
  • Parti de l’Alliance de l’Irlande du Nord, 6.3% des voix (+2.4%), 1 siège (+1).
  • Divers, 7.0% des voix (+4.0%), 1 siège (+1).

Système électoral

La Chambre des Communes (House of Commons), la chambre basse du Parlement britannique, compte 650 députés élus au suffrage universel tous les cinq ans. Les députés sont élus au système majoritaire à un tour dans 650 circonscriptions uninominales. Ce système favorise fortement les deux grands partis – les conservateurs occupent 47% des sièges avec 36% des votes et les travaillistes 40% des sièges avec 29% des votes – ainsi que, de manière plus marginale, les partis très fortement ancrés dans certaines régions, c’est-à-dire essentiellement les partis régionalistes. Les partis réalisant des scores moyens ou bas, mais relativement réguliers sur l’ensemble du territoire, ne sont pas, ou peu représentés au parlement. Ainsi, l’UKIP n’a aucun siège alors qu’il a obtenu 3.1% des voix. Au système proportionnel, un tel score lui aurait permis d’obtenir 20 sièges. Notons encore que les territoires d’outre-mer et autres dépendances de la Couronne ne participent pas à l’élection de la Chambre des communes.

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