Profil politique des villes alpines

Quelle est la tendance politique des villes alpines? Intuitivement, beaucoup diraient probablement « clairement à droite ». Une analyse réalisée par Élections en Europe sur la couleur politique des maires des 206 communes de plus de 10’000 habitants situées dans le périmètre de la Convention alpine montre que ce n’est pas si clair. Sur les 206 maires concernés, 100 peuvent être dits « de droite » (48.5%), 73 « de gauche » (35.4%) et 33 sont « sans étiquette » (16%). La droite domine, certes, mais cette domination n’est pas écrasante. La différence n’est pas flagrante non plus au niveau du nombre d’habitants concernés – 2’327’000 dans des villes gouvernées à droite (50.6%) contre 1’833’000 dans celles gouvernées à gauche (39.8%) et 442’000 dans les villes « sans étiquettes » (9.6%).

Le lecteur doit garder en tête, en lisant les résultats ci-dessous, qu’il s’agit d’une photographie de la situation au 7 septembre 2014. Une ville française qui n’aurait eu que des maires socialistes depuis 1945 et qui aurait élu un maire UMP pour la première fois en mars 2014 est comptabilisée « à droite ». Des recherches beaucoup plus poussées seraient nécessaires pour tirer des conclusions dans le temps long.

Panorama général

La carte ci-dessous donne une vue d’ensemble de la couleur politique des maires des villes alpines. Géographiquement, on peut observer que la droite domine assez clairement dans les villes suisses, allemandes, de l’ouest de l’Autriche (Vorarlberg et Tyrol) et dans la plus grande partie des Alpes françaises. La gauche, au contraire, est dominante en Italie, ainsi que dans le sud-est de l’Autriche (Carinthie et Styrie) et dans les agglomérations de Grenoble et d’Annemasse.

villes-alpines

Les couleurs se rapportent à la tendance politique des maires concernés (voir la légende et les remarques en fin d’article sur la catégorisation des partis politiques), tandis que la taille des cercles est proportionnelle à la population des villes.

Grandes villes

Les Alpes comptent cinq villes de plus de 100’000 habitants. Trois ont un maire social-démocrate (Bolzano, Salzbourg et Trento), une un maire écologiste (Grenoble) et une un maire conservateur (Innsbruck).

Grenoble et Salzbourg disposent d’une véritable tradition de gouvernement de gauche (1919-1935, 1945-1959, 1965-1983 et à nouveau depuis 1995 pour Grenoble; 1946-1992 et à nouveau depuis 1999 pour Salzbourg). Bolzano et Trento ont au contraire de longues traditions de domination démocrate-chrétienne. Ce n’est que récemment que des maires de gauche ont pu s’y imposer, souvent à la faveur d’alliances larges regroupant également des partis de droite, notamment régionalistes. Innsbruck, enfin, est un vrai fief conservateur.

Villes moyennes

La droite dirige 19 des 28 villes alpines comptant entre 30’000 et 100’000 habitants. Parmi ces dix-neuf villes, on peut citer bon nombre de mairies aux mains de la droite classique – démocrates-chrétiens à Lucerne, UMP à Chambéry, CSU à Rosenheim ou encore Forza Italie à Gorizia – mais également trois villes dirigées par la droite populiste. Il s’agit de Klagenfurt en Autriche, la capitale de la Carinthie, région jadis dirigée par Jörg Haider, de Lugano et de Thoune, deux villes suisses.

Sur les neuf villes dirigées par la gauche, citons deux mairies communistes – Echirolles et Saint-Martin-d’Hères, toutes deux en Isère – mais également Villach où le social-démocrate Helmut Manzenreiter a été élu pour la première fois en 1987 ou Annemasse, ville dirigée par des maires divers gauche depuis 1977.

Petites villes

Sur les 206 villes alpines de plus de 10’000 habitants, 173, donc l’écrasante majorité, en comptent entre 10’000 et 30’000. Les petites villes sont, et ce n’est pas une surprise, le fief des indépendants. Aucun des 33 maires sans étiquette ne dirige une ville de plus de 21’000 habitants (Weilheim, en Haute-Bavière, étant la plus grande d’entre elles). Par contre, et c’est là que c’est plus surprenant, la gauche est à la tête de 60 de ces 173 petites villes (contre 80 pour la droite), un nombre largement supérieur à ce que nous avions supposé avant de rassembler ces données. Deux hypothèses pour expliquer cette bonne tenue de la gauche dans les petites villes alpines: 1) ces villes sont moins conservatrices que ce que l’on pourrait penser au premier abord; 2) l’étiquette politique y joue un rôle moindre que dans des villes plus grandes, permettant ainsi à des personnalités de gauche de se faire élire par des électorats de droite. Des analyses plus poussées seraient nécessaires pour trancher.

Résumé

Le tableau ci-dessous présente brièvement les principaux chiffres relevés dans les trois chapitres précédents. On y voit clairement la domination de la gauche dans les grandes villes – à relativiser puisque le basculement d’une seule ville change les chiffres de 20% – la domination de la droite dans les villes moyennes et la situation plus équilibrée régnant dans les petites villes.

Catégorie Nbe de villes Droite Gauche SE
Grandes villes 5 20% 80% 0%
Villes moyennes 28 68% 32% 0%
Petites villes 173 47% 35% 19%

Périmètre retenu

Nous avons choisi de prendre en compte les 206 communes de plus de 10’000 habitants situées dans le périmètre de la Convention alpine. La Convention alpine est un traité de droit international public ratifié par l’ensemble des États alpins et visant à la protection de l’environnement alpin. La Convention alpine a délimité un périmètre géographique correspondant, grosso modo, au massif alpin. Ces villes comptent en tout 4.6 millions d’habitants sur un total de 14 millions de personnes résidant au sein du périmètre de la Convention alpine.

Classification des partis politiques

Les partis politiques ont été répartis de la manière suivante au sein des différentes catégories:

  • La catégorie « conservateur » comprend les maires affiliés au Parti populaire autrichien (ÖVP), à l’Union chrétienne-sociale allemande (CSU), au Parti démocrate-chrétien suisse (PDC), à Forza Italia, à l’Union pour un mouvement populaire (UMP), ainsi que des divers droite.
  • La catégorie « social-démocrate » comprend les maires issus du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), du Parti social-démocrate d’Autriche (SPÖ), du Parti socialiste suisse (PSS), du Parti démocrate italien (PD), des Sociaux-démocrates slovènes, du Parti socialiste français (PS) et des divers gauches.
  • La catégorie « sans étiquette » comprend aussi bien des maires indépendants que des membres de partis politiques locaux dont il n’a pas été possible de déterminer l’orientation politique.
  • La catégorie « libéral » comprend les maires issus du Parti libéral-radical suisse (PLR) et de l’Union des démocrates et indépendants en France.
  • La catégorie « droite populiste » comprend l’Union démocratique du centre (UDC, Suisse), le Parti autrichien de la liberté (FPÖ), la Ligue du Nord et la Ligue des Tessinois.
  • La catégorie « régionaliste » comprend l’Union valdotaine et le Parti populaire du Tyrol du Sud (SVP).
  • La catégorie « communiste » comprend le Parti communiste français (PCF) et Gauche écologie liberté (SEL, Italie).
  • La catégorie « écologiste » comprend Europe Écologie – Les Verts (EELV) et le Parti écologiste démocratique (ÖDP, Allemagne).

Voir aussi

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