Histoire politique de la Grèce

Cet article vous présente une brève histoire politique de la Grèce depuis l’indépendance du pays en 1830. Des articles séparés présentent les partis politiques grecs et le système électoral grec.

Première république et monarchie absolue

La Grèce s’est libérée de 400 ans de domination ottomane en 1821, son indépendance étant définitivement reconnue par la communauté internationale neuf ans plus tard. La première République ne se maintient que de 1821 à 1827 et est une suivie par une période où un gouverneur élu pour sept ans détient l’ensemble du pouvoir exécutif. Après l’assassinat du seul et unique gouverneur, Ioannis Capo d’Istria, en 1831, une monarchie absolue est mise en place pendant le règne d’Othon Ier, fils du roi Louis I de Bavière.

Monarchie constitutionnelle

Le 3 septembre 1843, une révolution populaire et militaire force Othon à accepter une monarchie constitutionnelle et à introduire le suffrage universel masculin une année plus tard, faisant de la Grèce l’un des pionniers dans ce domaine. Les élections législatives qui se tiennent à huit reprises entre 1843 et 1861 sont toutefois loin de se dérouler de manière idéale. De plus, un Sénat, dont les membres sont choisis par le roi, est mis en place.

Le roi Othon est renversé le 10 octobre 1862 après que des émeutes populaires ont éclaté à Athènes. Des élections législatives ont lieu en novembre et le nouveau parlement est chargé de rédiger une nouvelle Constitution. Entre les élections de novembre 1862 et l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution en 1864, il se passe presque deux ans pendant lesquels le pays est gouverné directement par le parlement. Georges Ier est élu roi par ce dernier. La Constitution de 1864 mentionne le principe de souveraineté du peuple, mais il faut attendre une convention constitutionnelle onze ans plus tard pour que le principe de responsabilité du gouvernement devant le parlement soit établi.

En août 1909, le coup d’État militaire de Goudi, instigué par des officiers subalternes de l’armée grecque, force le roi Georges Ier à nommer Elefthérios Venizelos, en octobre 1910, comme nouveau Premier ministre. Dans le courant de l’année 1910, Venizelos avait fondé le Parti libéral – premier vrai parti politique moderne en Grèce – qui remporte de manière écrasante les élections législatives de novembre 1910. Pendant la Première guerre mondiale, une grave crise politique éclate entre Venizelos, favorable à l’Entente (Royaume-Uni, France, etc.) et le roi Constantin Ier, plutôt favorable aux Puissances centrales (Allemagne, Autriche-Hongrie, etc.). En 1916 et 1917, Venizelos établit son propre gouvernement à Thessalonique tandis que le roi nomme le sien à Athènes. En 1917, un ultimatum militaire de l’Entente impose le retour de Venizelos comme Premier ministre.

En 1920, les partisans de Venizelos perdent les élections et il quitte son poste de Premier ministre. Un référendum permet le retour du roi. Un régime militaire pro-Venizelis est mis en place en 1922 après un coup d’État et dure jusqu’à la fin de l’année 1923. Les élections législatives organisées cette année-là sont boycottées par les monarchistes.

Deuxième République

La majorité libérale issue des élections de 1923 proclame la République en mars 1924. La nouvelle constitution n’est toutefois jamais mise en oeuvre. Il faut attendre 1927 pour qu’une nouvelle Constitution républicaine soit promulguée et entre effectivement en vigueur. Cette constitution prévoit l’élection par le peuple des deux chambres du parlement qui élisent ensemble un président aux pouvoirs restreints. La Deuxième République grecque durera jusqu’en 1935. La vie politique est marquée, pendant cette période, par les affrontements entre pro- et anti-venizelistes.

Restauration de la monarchie constitutionnelle et dictature de Metaxas

Les royalistes remportent les élections législatives de 1935. Ils abolissent le Sénat, convoquent l’élection d’une assemblée constituante et remettent en vigueur, en 1936, la Constitution de 1911. Aucune majorité claire ne sort toutefois des urnes en 1936 et le Premier ministre Ioannis Metaxas met en place, dès le mois d’août, une dictature qui se prolonge jusqu’à l’occupation du pays par les puissances de l’Axe au printemps 1941. La dictature de Metaxas est tolérée par le roi Georges II qui reste en place.

Guerre civile et monarchie constitutionnelle

Après la libération du pays, des élections sont organisées en mars 1944. Le Parti communiste grec (KKE) boycotte les élections qui sont remportées par une alliance de partis de droite. Une guerre civile éclate peu après entre l’armée nationale régulière, soutenue par le Royaume-Uni et les États-Unis, et l’Armée démocratique de Grèce (DSE, communiste) soutenue par la Yougoslavie, l’Albanie et la Bulgarie. Le conflit dure trois ans, fait environ 160’000 morts et se solde par la défaite des communistes.

La victoire de la droite lors de la Guerre civile permet le maintien de la monarchie constitutionnelle. Une nouvelle Constitution, promulguée en 1952, confirme ce régime politique.

Dictature des colonels

Le 21 avril 1967, un Coup d’État militaire conduit à l’instauration d’une dictature militaire sous la présidence du colonel Georgios Papadopoulos. Le roi Constantin II, monté sur le trône trois ans auparavant, quitte le pays. La dictature militaire se prolongera jusqu’en 1974 et aucunes élections ne seront organisées durant cette période. Le régime restreint fortement les libertés individuelles et le pays quitte le Conseil de l’Europe en 1969, échappant ainsi de peu à une condamnation pour violation de la Convention européenne des droits de l’Homme.

Retour à la démocratie et Troisième République

La dictature militaire s’effondre en 1974 après la débâcle politique et militaire subie sur la question chypriote. Konstantínos Karamanlis, un ancien Premier ministre, reprend le pouvoir et abroge de nombreuses restrictions des libertés civiles et politiques. Il permet notamment le retour dans la légalité du Parti communiste grec, interdit depuis la Guerre civile. Il font également un nouveau parti politique conservateur, Nouvelle Démocratie (ND), qui est encore aujourd’hui l’un des principaux partis politiques du pays. En décembre 1974, les Grecs décident par référendum d’instaurer une République, préférant cette dernière à une monarchie à près de 70%. La Constitution qui fonde la Troisième République hellénique est promulguée en 1975. La Grèce devient alors une démocratie parlementaire, le Président de la République, élu par le Parlement, ne détenant que très peu de pouvoirs.

Nouvelle Démocratie conserve le pouvoir jusqu’aux élections législatives de 1981, élections qui sont remportées par le Mouvement socialiste pan-hellénique (PASOK), un parti issu du rassemblement du centre et de la gauche non-communiste, et dirigé par Andreas Papandreou. Ce dernier reste Premier ministre jusqu’en 1989, puis occupe à nouveau ce poste de 1993 à 1996. Nouvelle Démocratie occupe le pouvoir pendant la plus grande partie du temps entre 1989 et 1993, mais doit former des coalitions gouvernementales à plusieurs reprises.

En 1996, Konstantinos Simitis succède à Andreas Papandreou à la tête du PASOK et du gouvernement grec et reste au pouvoir jusqu’en mars 2004. Nouvelle Démocratie remporte les élections de 2004 et c’est Kostas Karamanlis, neveu de Konstantinos Karamanlis, qui devient Premier ministre. Nouvelle Démocratie remporte à nouveau les élections de 2007, mais est défaite en 2009.

Le PASOK remporte ces élections et c’est Giorgos Papansdréou, fils d’Andreas, qui devient le nouveau Premier ministre. La Grèce est toutefois frappée de plein fouet par la Crise économique et financière à laquelle s’ajoute rapidement, dans ce pays, une crise de la dette. Les mesures d’austérité qui doivent être prises pour recevoir des aides financières de la part des pays de la zone Euro, du FMI et de la BCE conduisent, in fine, à la démission de Papandréou et à la mise en place, en novembre 2011, d’un gouvernement d’unité nationale qui conduit le pays jusqu’aux élections législatives de mai, puis de juin 2012.

Les élections du printemps 2012 sont marquées par l’effondrement du PASOK et par la montée de SYRIZA, une coalition située à la gauche de la gauche. Nouvelle Démocratie remporte les élections législatives de juin 2012, mais, faute d’obtenir une majorité au parlement, forme une coalition gouvernementale avec le PASOK et la Gauche démocratique (DIMAR), sous la direction d’Antonis Samaras.

En décembre 2014, le parlement grec ne parvient pas à élire un nouveau président, provoquant sa propre dissolution et la convocation de nouvelles élections en janvier 2015. SYRIZA devient alors la première force politique du pays et forme une coalition gouvernementale avec les Grecs indépendants (ANEL, nationaliste) sous la direction d’Alexis Tsipras.

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