Élections législatives de 2014 en Bulgarie – Aperçu

Des élections législatives anticipées auront lieu le dimanche 5 octobre 2014 en Bulgarie. Ces élections interviennent à peine plus d’une année après des élections qui avaient vu la formation d’un gouvernement minoritaire formé du Parti socialiste bulgare (BSP, social-démocrate) et le Mouvement pour les droits et les libertés (DSP, minorité turque), et soutenu au parlement par le parti nationaliste Ataka. Tous les sondages placent le parti Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB, conservateur) de l’ancien Premier ministre Boïko Borissov (2009-2013) en tête.

Résultats des élections ici

Ces élections législatives anticipées font suite à la démission du gouvernement le 23 juillet dernier, qui résultait elle-même de la défaite des deux partis gouvernementaux lors des élections européennes de mai dernier. Le président bulgare Rossen Plevneliev a proposé ensuite aux trois principaux partis – le BSP, le GERB et le DSP – de tenter de former un gouvernement, mais aucun n’a accepté. La Bulgarie est le pays le plus pauvre de l’Union européenne, souffre d’un niveau très élevé de corruption et connaît par ailleurs une instabilité politique chronique: aucun gouvernement n’a jamais été reconduit par les électeurs depuis la démocratisation en 1990.

Système électoral bulgare

Le parlement bulgare, nommé Assemblée nationale, est unicaméral et compte 240 députés élus pour une durée de quatre ans au suffrage universel. Le système électoral est mixte: 209 députés sont élus selon le système proportionnel (méthode de Hare-Niemeyer) dans des circonscriptions régionales comptant au moins trois députés; 31 députés sont élus au système majoritaire à un tour dans des circonscriptions individuelles. Seuls les partis ou les coalitions ayant atteint un quorum de 4% peuvent obtenir les sièges répartis selon le système proportionnel.

Les candidats doivent être âgés d’au moins 21 ans, tandis que les partis politiques souhaitant présenter des listes doivent déposer une somme d’argent (remboursée si le parti obtient plus d’1% des voix) et 7’000 signatures.

Retour sur les élections bulgares de 2013

Le GERB de Boïko Borissov avait remporté les élections législatives de mai 2013, mais n’a pas obtenu de majorité absolue. Suite à ces élections, il a dû céder le pouvoir au Parti socialiste bulgare et au Mouvement pour les droits et les libertés.

Résultats détaillés des élections de 2013:

  • Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB, conservateur), 30.5% des voix (-9.2%), 98 sièges (-19).
  • Parti socialiste bulgare (PSB, social-démocrate), 26.7% des voix (+11%), 86 sièges (+46).
  • Mouvement pour les droits et les libertés (DPS ou MRF dans la carte ci-dessous, libéral, minorité turque), 11.2% des voix (-2.8%), 33 sièges (-4).
  • Ataka (nationaliste), 7.3% des voix (-2.1%), 23 sièges (+2).
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Résultats des élections législatives de 2013 en Bulgarie. Source: uselectionatlas.org

Forces en présence

Le GERB de Boïko Borissov est bien placé pour remporter les prochaines élections législatives bulgares, sans toutefois être sûr de remporter la majorité absolue. Borissov – ancien entraîneur de l’équipe bulgare de karaté, ancien garde du corps, ancien policier – a fondé le GERB en 2005. Se posant en pourfendeur de la corruption, il remporte largement les élections législatives de 2009. Les accusations de corruption ne tardent toutefois pas à pleuvoir… De plus, la crise économique qui frappe le pays (récession de 5.5% en 2009) pousse Borissov et son équipe à mettre en place une politique d’austérité très dure, qui rétablit certes les finances publiques, mais qui aggrave le sort d’une population déjà appauvrie. Son mandat a également été accompagné par un recul des libertés publiques, notamment de la liberté de la presse (la Bulgarie est passée du 68ème au 87ème rang au Press Freedom Index entre 2009 et 2013, poursuivant une tendance déjà initiée sous le gouvernement socialiste précédent). La fin du mandat de Borissov a été marquée par d’importantes manifestations, provoquées notamment par la hausse des prix de l’électricité. Suite à ces manifestations – et aux violents affrontements qui ont eu lieu entre manifestants et policiers – le gouvernement a démissionné, Borissov espérant prendre l’opposition de court et remporter des élections anticipées. Vous connaissez la suite: le GERB remporte les élections, mais ne peut former un gouvernement; le BSP et le DSP forment un gouvernement, mais ce dernier se révèle bientôt aussi impopulaire que le précédent et il chute à son tour. Le GERB pourrait donc revenir au pouvoir à peine plus d’une année après les manifestations qui l’en avaient chassé…

Le Parti socialiste bulgare (BSP) est un parti politique d’orientation sociale-démocrate, devenu très modéré avec les années. C’est par exemple à lui que la Bulgarie doit une flat tax à 10%, une mesure plutôt prônée par les milieux libéraux. Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement socialiste a pris plusieurs mesures controversées, notamment la nomination d’un député du DSP accusé de corruption dans le passé à la tête de l’Agence nationale de sécurité ou la relance du projet de construction d’un projet de gazoduc qui accroîtra la dépendance du pays face à la Russie. La lutte contre la corruption n’a pas véritablement progressé pendant cette année de gouvernement socialiste et la liberté de la presse a continué à chuter.

Le Mouvement pour les droits et les libertés (DSP) est un parti politique représentant l’importante minorité turque habitant en Bulgarie. Après avoir formé une coalition avec le Parti socialiste bulgare en mai 2013, il a retiré son soutien au Premier ministre socialiste Plamen Oresharski en juillet 2014, provoquant la chute du gouvernement et des élections anticipées. Le DSP n’est pas spécialement apprécié sur le scène politique bulgare et souffre notamment d’une réputation de corruption et d’achat de voix.

ATAKA est un parti politique nationaliste fondé en 2005 par Volen Siderov. Il est opposé tant à l’appartenance du pays à l’OTAN qu’à l’Union européenne et est considéré comme étant très proche de l’Eglise orthodoxe bulgare. Le parti et son leader sont adeptes de toutes sortes de théories conspirationnistes impliquant, en vrac, l’Union européenne, les Tziganes, les Juifs, la Turquie et les Etats-Unis. Économiquement, le parti est en revanche résolument anti-libéral et suit donc une ligne plutôt à gauche. Il demande notamment l’augmentation du salaire minimum ou le remplacement de la flat tax par un impôt progressif. ATAKA pourrait disparaître du parlement lors des prochaines élections, les sondages le plaçant en-dessous du quorum de 4% requis pour y entrer.

Bulgarie sans censure (BBT) est l’un des deux nouveaux partis politiques qui pourraient faire leur entrée au parlement bulgare. Ce parti a été fondé au début de l’année 2014 par Nikolay Barekov, un journaliste TV soutenant le retour de la monarchie. BBT a remporté deux sièges lors des élections européennes du mois de mai sur un programme axé principalement autour de la lutte contre la corruption (il fait depuis l’objet d’une enquête pour le financement de sa campagne pour ces mêmes élections…). Bulgarie sans censure est l’un des partenaires gouvernementaux potentiels du GERB.

Le Bloc réformiste (RB), une coalition conservatrice comprenant notamment les Démocrates pour une Bulgarie forte et l’Union des forces démocratiques, pourrait également faire son entrée – ou plutôt son retour – au parlement bulgare. L’Union des forces démocratiques était, avec le Parti socialiste bulgare, l’un des deux principaux partis politiques bulgares au début des années 1990.

Voir aussi

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