Scrutin uninominal majoritaire à un tour

Le système majoritaire uninominal à un tour, connu sous le nom de First-past-the-post dans le monde anglo-saxon, est le mode de scrutin utilisé pour les élections législatives au Royaume-Uni, ainsi que pour certaines autres élections, notamment l’élection présidentielle en Islande.

Introduction

Le scrutin majoritaire uninominal à un tour donne la victoire au candidat qui obtient le plus de voix à l’issue du seul et unique tour de scrutin. Un candidat peut donc être élu avec seulement 25% des voix si tous les autres candidats en obtiennent encore moins. Ce système est largement utilisé pour les élections législatives dans le monde anglo-saxon (où il est connu sous le nom de First-past-the-post), notamment au Royaume-Uni, mais également, hors d’Europe, au Canada, en Inde ou aux États-Unis. Il est également en vigueur pour certaines élections présidentielles, notamment en Islande. Notons également que le système majoritaire à un tour est également utilisé par certains pays ayant adopté un système mixte, combinant système proportionnel et système majoritaire, pour l’attribution des sièges « majoritaires ». C’est le cas notamment de l’Allemagne et de l’Italie.

Tendance au bipartisme (Loi de Duverger)

Selon la loi de Duverger, du nom du sociologue français Maurice Duverger qui l’exprima dans les années 1950, le scrutin majoritaire à un tour tend à favoriser le bipartisme, contrairement aux systèmes majoritaire à deux tour et proportionnel qui favorisent le multipartisme. Maurice Duverger a suggéré deux raisons pour expliquer cette tendance au bipartisme: une tendance des partis politiques à fusionner – alors que le scrutin majoritaire à deux tours pousse plutôt à des alliances – et une tendance des électeurs à voter utile, et donc à déserter les plus petits partis.

Concrètement, pour reprendre un exemple de Duverger, si la droite obtient 100’000 voix dans une circonscription et la gauche 80’000 et qu’il n’y a que deux candidats, le candidat de droite sera logiquement élu. En revanche, s’il y a deux candidats de droite et un candidat de gauche, ce dernier sera élu à moins qu’un des deux candidats de droite obtienne moins de 20’000 voix. Ce résultat paradoxal, qui voit un candidat de gauche être élu dans une circonscription majoritairement à droite, conduira logiquement les deux partis de droite à se rapprocher, voir à fusionner, et/ou les électeurs du parti de droite le plus faible reporter leurs voix dans les scrutins ultérieurs vers le parti le plus fort, qui seul a une chance de battre le parti de gauche.

Si cette tendance au bipartisme s’est pleinement confirmée aux États-Unis, où Républicains et Démocrates se partagent la quasi-totalité des sièges dans les législatifs nationaux et régionaux, un système à trois partis s’est progressivement mis en place au Royaume-Uni. Les libéraux-démocrates – le troisième parti – sont toutefois constamment sous-représentés, si l’on compare les pourcentages de votes et de sièges obtenus. Les calculs effectués par Lijphart en 1994 confirment toutefois que le système majoritaire à un tour est celui qui conduit au plus petit nombre de partis politiques représentés au parlement en moyenne.

Tendance à favoriser les partis ayant un fort ancrage local

Le scrutin majoritaire à un tour est beaucoup plus favorable aux partis politiques qui obtiennent un score faible en moyenne nationale, mais fort dans quelques circonscriptions, qu’aux partis qui obtiennent un score également moyen dans toutes les circonscriptions du pays. Ainsi, lors des élections législatives britanniques de 2010, le parti UKIP, un parti actif au niveau national, a obtenu 919’471 suffrages et aucun élu, tandis que le DUP, un parti actif uniquement en Irlande du Nord, a obtenu 168’216 voix et huit élus.

Avantages du scrutin majoritaire à un tour

  • Le système majoritaire uninominal, qu’il soit à un ou à deux tours, implique un grand nombre de circonscriptions électorales, soit autant de circonscriptions qu’il y a de députés (577 en France, 650 au Royaume-Uni). Le système permet donc de bien prendre en compte les spécificités régionales. La qualité du découpage des circonscriptions entre toutefois également en ligne de compte dans ce domaine.
  • Dans un système où il n’y a qu’un élu par circonscription, un électeur sait qui est son député de manière très claire. Ce n’est pas du tout aussi clair avec le mode de scrutin proportionnel où les circonscriptions peuvent être très grandes, les électeurs élisant un nombre élevés de députés.
  • Le système majoritaire à un tour favorise une certaine forme de stabilité, dans la mesure où les gouvernements sont le plus souvent l’oeuvre d’un seul parti, et non d’une coalition comme dans la plupart des pays où le système proportionnel est de mise. Il en découle des temps de formation de gouvernement moins longs et une durée de vie prolongée des gouvernements. Les gouvernements monopartisans devraient, logiquement, conduire des politiques plus efficaces dans la mesure où il n’y a pas nécessités de négociations inter-partis souvent compliquées.

Désavantages du scrutin majoritaire à un tour

  • Comme nous l’avons vu plus haut, le système majoritaire déforme le rapport entre sièges et voix: un parti peut obtenir beaucoup de voix et très peu de sièges. Les minorités sont donc sous-représentées. Des calculs effectués par des chercheurs (Lijphart, Gallagher) montrent que le scrutin majoritaire à un tour est le système conduisant en moyenne aux plus grands écarts entre les scores obtenus par les partis et leur poids réel au parlement.
  • Selon les calculs effectués par Lijphart en 1994, les pays dotés de systèmes majoritaires ont en moyenne un taux de participation aux élections plus faible que celui des pays ayant adopté le système proportionnel. Il n’y a pas d’explication définitive à ce phénomène, mais les électeurs auraient davantage l’impression que leur vote est utile dans un système proportionnel.
  • Le scrutin majoritaire à un tour incite une partie des électeurs à un vote tactique: ils ne votent en effet pas forcément pour le candidat qu’ils préfèrent, ou dont ils sont le plus proches, mais pour un candidat dont ils pensent qu’il a une chance de l’emporter, même s’il est plus éloigné de leurs idées.
  • Le scrutin majoritaire, à un ou à deux tours, incite le(s) parti(s) au pouvoir à se livrer au gerrymandering, c’est-à-dire à un redécoupage électoral qui a pour objectif de leur donner plus facilement une majorité.

Sources

DOMPNIER, Nathalie. Les élections en Europe, Grenoble: Presses Universitaires de Grenoble, 2011.

LAURENT, A., DELFOSSE, P., FROGNIER, A-P. Les systèmes électoraux: permanences et innocations, Paris: L’Harmattan, 2004.

STYKOW, Petra. Vergleich politischer Systeme, Paderborn: Wilhelm Fink, 2007.

Wikipedia (EN).

Voir aussi

2 réflexions au sujet de « Scrutin uninominal majoritaire à un tour »

  1. Est-il possible de rentrer en contact avec Monsieur Maurice Duverger?
    J’ai suivi des cours avec lui à la Sorbonne.
    Merci de votre réponse.

    Cordialement
    Diana Brauer

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